Selon le classement du Figaro, l'impôt varie d'un à trois entre les grandes villes. Les contribuables ne s'y retrouvent pas : ils ont déposé plus d'un million de réclamations en 2005.
La taxe d'habitation confirme sa réputation d'impôt le plus injuste. Au moment où les avis d'imposition sont adressés dans toute la France aux 26,8 millions de foyers concernés, locataires ou propriétaires, le classement réalisé par Le Figaro fait éclater les différences. Pour une famille semblable, occupant le même genre de logement, l'écart va d'un à trois dans les soixante grandes villes de France.
Aux extrêmes, selon nos calculs, les Nîmois paient trois fois plus cher que les habitants de Courbevoie. 1 177 euros à Nîmes pour 386 euros à Courbevoie. Pour saisir la réalité, nous ne nous sommes pas contentés de comparer, comme cela se fait souvent, les taux d'imposition car ils sont trompeurs : avec un taux de 24 %, Calais ponctionne pourtant peu ses ménages grâce à une valeur locative faible. Nous avons donc choisi de calculer la taxe d'habitation d'un foyer type qui devra la régler d'ici le 15 novembre pour sa résidence principale. Celle sur les résidences secondaires est perçue le 15 décembre.
Cette méthode fait sauter aux yeux les écarts entre des communes voisines de même importance comme Calais (5e) et Dunkerque (55e) ; entre des métropoles rivales comme Toulouse (20e) et Bordeaux (54e), Metz et Nancy, Grenoble et Lyon. Et Paris creuse la différence avec ses banlieues les plus gourmandes comme Créteil, Rueil, Saint-Maur-des-Fossés et Champigny-sur-Marne.
En revanche, la politique fiscale à l'égard des ménages n'apparaît pas nettement différente entre la droite et la gauche. Certes, il y a trois mairies communistes (Nanterre, Saint-Denis, Calais) dans les cinq de tête. Mais la première et la dernière commune du palmarès ont, l'une comme l'autre, un maire UMP. Et quand les soixante premières villes de France ont à leur tête exactement trente maires de droite et trente de gauche, quatorze élus de droite et seize de gauche se retrouvent dans la première moitié du classement.
Une taxe contestée
Si l'importance des écarts d'une ville à l'autre ne dépendait que de la bonne gestion municipale et des tramways, stades et piscines, ce serait équitable et la population s'y reconnaîtrait. Ce n'est pas toujours le cas. Déjà, les agglomérations qui ont une forte activité économique récupèrent la taxe professionnelle prélevée sur les entreprises et mettent moins à contribution leurs habitants. Cela répond à une vraie logique mais crée des distorsions importantes entre les contribuables à travers le territoire.
Quand ces différences se cumulent avec l'extrême opacité du calcul d'un impôt qui progresse chaque année plus que l'inflation (de 3,5 % en moyenne pour chaque foyer en 2006 et également en fonction de l'accroissement du nombre de logements), cela nourrit un sentiment d'injustice. Car cette taxe dynamique est très contestée. En 2005, l'année où cet impôt sur les ménages a rapporté 13,4 milliards d'euros, il a fait l'objet de 1 122 000 réclamations dont 857 000 contentieux sur le fond.
En effet, les valeurs locatives à la base des calculs datent des années 1970. Les critères de confort de l'époque (modernité de la salle de bains, chauffage central, disposition des pièces, etc.) sont totalement désuets. À l'époque, les HLM neufs étaient d'ailleurs plus taxés que les immeubles anciens du centre-ville. Cette situation se complique encore par des dégrèvements multiples, différents ici et là, et selon la situation de famille. Du coup, la moitié des foyers sont exonérés, en tout ou en partie, de cet impôt.
Des réactualisations ont été simulées mais elles seraient si impopulaires qu'aucun gouvernement n'a osé y toucher. Comme en 2002, les candidats à la présidentielle annoncent une réforme de la taxe d'habitation. Ségolène Royal veut la rendre proportionnelle aux revenus et Nicolas Sarkozy réévaluer la valeur locative à chaque changement de propriétaire ou locataire pour limiter les hausses intempestives. À voir.
Le Figaro, 16 octobre 2006