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Jacques KOSSOWSKI

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Plaidoyer pour une écologie locale

Jacques_kossowski_1 Communes et collectivités territoriales sont en première ligne pour combattre les émissions de gaz à effet de serre et préserver l'environnement.

PAR JACQUES KOSSOWSKI
Maire de Courbevoie
Député des Hauts-de-Seine

Le monde a profondément changé durant les cent dernières années, en raison de deux évolutions majeures. La première de ces évolutions est la généralisation de l'industrialisation, qui n'était encore limitée qu'à cinq ou six pays en 1900. La seconde est l'augmentation rapide de la population qui a plus que triplé en un siècle, passant de 1,65 milliard à 6 milliards d'individus.
La conjugaison de ces deux phénomènes a eu de graves conséquences sur l'écosystème. Il ne se passe plus un jour sans que la question de l'effet de serre ne fasse la une de l'actualité. Les risques engendrés par de possibles variations climatiques sont sérieux : tempêtes violentes, refroidissement brutal de certaines zones, avancée des déserts, fonte des calottes glaciaires, qui ferait monter le niveau des mers et submergerait de nombreuses régions côtières.
Ces prévisions ne sont pas le fait de scientifiques qui se voueraient au culte de Cassandre. En effet, le réchauffement commence à avoir des répercussions avérées sur certaines espèces végétales et animales. Une étude publiée dans Science Express, le 12 mai dernier, a ainsi révélé que des poissons de la mer du Nord migraient vers des latitudes plus septentrionales qu'il y a une trentaine d'années.
Un rapport récent de l'ONU indique, quant à lui, que 60% des écosystèmes sont d'ores et déjà dégradés ou surexploités. C'est maintenant l'avenir de l'homme lui-même qui est menacé. La première prise de conscience internationale remonte à la Conférence des Nations unies sur l'environnement, qui s'était tenue à Stockholm en 1972.
Vingt ans plus tard, le sommet de la Terre de Rio a pointé les enjeux de l'environnement et du développement, par la signature des deux premières conventions juridiquement contraignantes : celle sur la diversité biologique et celle sur les changements climatiques. Enfin, en décembre 1997, 180 pays ont adopté le protocole de Kyoto : parmi eux, 38 se sont engagés à abaisser leurs émissions de gaz à effet de serre. En France, la loi du 1 er mars 2005 a inscrit la Charte de l'environnement dans la Constitution.
Mais les décisions à l'échelon des continents et des pays, tout à fait nécessaires, ne suffiront pas à inverser la tendance. Nous savons que l'objectif d'une division par quatre des rejets de gaz carbonique par les pays développés d'ici 2050 ne pourra pas être atteint sans une participation de chacune et de chacun d'entre nous. Il appartient aux populations elles-mêmes de contribuer à cette révolution par un changement radical de leurs comportements.
Nos sociétés doivent absolument modifier leurs habitudes, en matière de consommation, d'énergie et de transport. Les élus locaux ont un rôle éminent à jouer dans ce domaine, tant sur le plan pédagogique que pratique. Si un mouvement positif s'est amorcé au cours des dernières années, il nous reste encore beaucoup à faire.
N'oublions pas que les maires, présidents de conseils généraux et régionaux, ainsi que d'établissements de coopération gèrent près de 1 600 000 agents territoriaux. En outre, notre action, par définition, couvre l'ensemble du territoire national. Nous avons par conséquent le devoir d'être en première ligne et d'intensifier le combat qui est engagé pour sauver la planète.
Nos concitoyens sont motivés et prêts à agir. J'ai pu le vérifier personnellement à l'occasion d'une enquête réalisée à Courbevoie lors de la mise en place de notre charte de l'environnement. La population considère, par exemple, à 52,4%, que le mode de déplacement dominant dans la ville est la marche, loin devant la voiture (21,7%).
Elle se montre également très majoritairement favorable aux pratiques liées au respect de l'environnement : 92,7% des habitants déclarent ainsi appliquer la collecte sélective. Dans nos choix de politiques locales, l'accent doit être mis sur la préservation du cadre de vie. Il importe notamment de réhabiliter les espaces naturels : c'est dans cet esprit que le conseil général des Hauts-de-Seine a décidé de réaménager les berges de la Seine, afin de rendre le fleuve aux habitants.
Nous devons aussi tout mettre en oeuvre pour favoriser les déplacements non polluants, par l'aménagement de pistes cyclables et d'un réseau soigné de circulation piétonne. Dans la gestion de nos services, il nous faut adopter des conduites allant systématiquement dans le sens de la préservation de l'environnement, qu'il s'agisse de l'air (acquisition de véhicules électriques), des sols (emploi de produits «propres» dans les espaces verts), des économies d'énergie (limitation du chauffage dans les bâtiments publics, utilisation d'ampoules à faible consommation), de la gestion des déchets (collecte sélective dans les bureaux), de l'eau (diminution des consommations), de l'éducation (actions conjointes avec les enseignants au sein des établissements scolaires), des investissements (introduction systématique des normes de haute qualité environnementale pour les équipements neufs). Faire le choix de l'éco-responsabilité dans nos territoires, c'est garantir l'avenir et protéger la santé publique.
Préserver nos villes, nos départements et nos régions, défendre en un mot l'écologie locale, c'est notre contribution directe et concrète à l'action entreprise pour sauver la Terre.

Le Figaro [8 juillet 2005]

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