Le bilan de compétences remède au sous-emploi des seniors selon le député Jacques Kossowski.
Jacques Kossowski est député des Hauts-de-Seine et auteur d'un rapport sur l'emploi des seniors remis le 22 octobre au ministre de l'Emploi Xavier Bertrand. Il préconise l'obligation de soumettre chaque salarié de plus de 45 ans à un bilan de carrière réalisé hors de l'entreprise et suivi d'une formation qualifiante si nécessaire.
Sommaire de l'article
- L'instauration d'un bilan de carrière obligatoire.
- Les seniors, une variable d'ajustement
- Multiplier les cotisations par 1,5
- Pas de réels parcours attractifs pour les seniors
- Machine à pneus pour seniors et femmes
L'instauration d'un bilan de carrière obligatoire.
"Trop vieux pour être reçu à un entretien, trop vieux pour être recruté, trop vieux pour accéder à une formation, trop vieux pour rester dans l'entreprise, trop vieux pour changer de service, trop vieux pour changer de métier (...). Le senior est souvent privé d'avenir professionnel après 45 ans." Le constat résulte d'une évolution négative des conditions de travail selon Jacques Kossowski : "Autrefois, on était jugé trop vieux pour rester dans l'entreprise au moment du départ à la retraite. Aujourd'hui, on est "trop âgé" dès 45 ans, voire dès 40 ans". Le député des Hauts-de-Seine est l'auteur d'un rapport sur l'emploi des seniors remis au ministre Xavier Bertrand. Il lui semble que le gouvernement s'est doté d'un arsenal complet de mesure pour favoriser l'emploi des seniors et "il ne manque à mon sens qu'une mesure pour que le dispositif trouve sa pleine cohérence : l'instauration d'un bilan de carrière obligatoire."
Les seniors, une variable d'ajustement
Le bilan de carrière est pour lui "la solution clé". Le constat de la situation qu'il effectue - "le chômage des seniors est devenu la variable d'ajustement" - est aujourd'hui largement partagé. En revanche, les solutions préconisées connaissent rarement de vraies applications autres qu'expérimentales pour solutionner le problème. Or, en France, le taux d'emploi des 55-64 ans (38%) est deux fois moindre que celui de la Suède (69%).
Au passage, dans son constat, Jacques Kossowski évoque la difficulté croissante des seniors dans l'entreprise. Il égratigne les DRH (direction ressources humaines) qui " véhiculent souvent de nombreuses idées reçues sur les seniors (...). La situation des seniors n'évoluera pas tant que certains DRH n'auront pas changé leur mentalité et tant que les seniors feront l'objet de stéréotypes infondés."
Multiplier les cotisations par 1,5
Cette situation est génératrice de danger potentiel car, en 2050, un tiers de la population aura plus de 60 ans. Pour préserver le régime actuel, il faudrait multiplier les cotisations par 1,5. Pour résoudre la difficulté, il y a une affaire de mentalités et de volontés. Il faut rompre avec "des jugements sur les seniors que l'on oserait plus émettre à l'encontre des femmes ou des minorités visibles".
On rêverait d'un débat sur l'emploi senior entre le ministre Borloo, qui avait mis en œuvre la campagne de promotion des seniors de 2006, et le député Kossowski qui ne lui fait pas grand crédit.
"Faut-il communiquer sur l'emploi des seniors ? Oui, mais certainement pas en refaisant la campagne de publicité diffusée en 2006 montrant des seniors défiant des plus jeunes aux jeux vidéos ou promettant qu'ils pourraient encore courir un marathon. Heureusement, les créatifs n'avaient pas jugé bon de leur mettre une casquette à l'envers sur la tête ! (...). Communiquons donc pour faire évoluer les mentalités mais en valorisant les seniors pour leur expérience et non pas en versant dans un jeunisme absurde."
Le député souhaite donc que le gouvernement, après l'échec des mesures incitatives à l'emploi des seniors, devienne plus coercitif. Cœur du dispositif, "le bilan de carrière obligatoire", aussi bien pour le personnel des grandes entreprises que celui des plus petites PME. Kossowski veut un bilan neutre donc réalisé à l'extérieur de l'entreprise, par des entreprises privées mais selon une méthodologie établie par le ministère du Travail.
Pas de réels parcours attractifs pour les seniors
Ces bilans devront être gérés, selon lui à l'échelon régional et suivis de formations qualifiantes si nécessaire, "basées sur la réalité du marché du travail". Leur préconisation se fonderait donc sur les enquêtes "besoin en main d'œuvre" régionales de l'assurance chômage. Pas certain que cela suffise si elles ne comportent pas de vraie dimension prospective.
La mesure suggérée par le député vient compléter l'arsenal répressif conçu par le gouvernement à l'encontre des entreprises récalcitrantes à l'emploi des seniors. Kossowski y apporte une amélioration qualitative. Mais, elle ne doit pas rester isolée car c'est en favorisant l'épanouissement du salarié âgé au travail qu'on pourra réellement l'y attirer et l'y maintenir, pas uniquement en repoussant l'âge de la retraite.
Le constat reste aujourd'hui négatif sur les réelles possibilités que les seniors ont de pouvoir être réemployés ou de bénéficier d'un parcours attractif et adapté dans l'entreprise.
En 2006, la Halde, la Haute autorité de lutte contre les discriminations, avait observé qu'un senior avait huit fois moins de chances d'obtenir une réponse positive que le candidat de référence d'une embauche. Le bilan de carrière est donc seulement une pièce d'un puzzle de mesures incitatives qui tardent pour être efficaces. De nombreux retards peuvent encore être enregistrés. Les seniors ont peu accès à la formation qui conditionne souvent une évolution au sein de l'entreprise. "Le taux d'accès des 40-44 ans était de 38% en l'an 2000. Au même moment ce taux chutait à 23% pour les 55-59 ans et à 13% pour les 60 ans et plus. En 2000, seuls 3,4% des 45-65 ans ayant demandé une formation pour changer d'emploi à leur entreprise ont eu une réponse positive."
Machine à pneus pour seniors et femmes
Un énorme travail demeure donc à accomplir comme le démontre l'entretien (L'Express, 30/10/2008 : "Emplois seniors : modèles à suivre") entre Laurent Wauquiez (secrétaire d'Etat à l'emploi) et Nicole Notat (ex-patronne de la CFDT, présidente de l'agence de notation sociale Vigeo). En effet, dans l'entretien, Laurent Wauquiez souligne l'innovation exemplaire que constitue la nouvelle machine à pneus de Michelin réalisée "pour permettre aux plus de 55 ans, mais aussi aux femmes, de les utiliser". Le secrétaire d'Etat cite encore Grand Optical qui a découvert que les seniors, ayant les mêmes problèmes de vue que leurs clients font d'excellents vendeurs. Dans le bâtiment, Vinci et Bouygues ont développé le tutorat.
Ces innovations sont louables. Mais, aussi longtemps qu'une organisation du travail intelligente apparaîtra comme un exemple et non comme un standard, aussi longtemps l'emploi des seniors demeurera une sorte de chimère.
Jean Yves Ruaux
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